
Je n'avais rien écrit ici au sujet de Gracq au moment de sa mort, le 22 décembre dernier... Il me semble nécessaire pourtant de dire quelques mots de cet auteur qui reste, depuis presque vingt ans maintenant, en première place dans mon panthéon littéraire personnel.
J’ai découvert cet écrivain à 18 ou 19 ans, en classe préparatoire, par son récit le plus excessif, Au château d’Argol, avant de lui consacrer un mémoire de maîtrise (qui doit maintenant prendre la poussière à la bibliothèque de la Sorbonne !) ; depuis lors, cette passion ne s’est jamais démentie. Si j’ai un faible pour le versant romanesque de l’œuvre, où l'on distingue notamment les influences du surréalisme et du romantisme allemand, je suis durablement fascinée par l’intelligence précise, lumineuse, par la mordante ironie des textes critiques, mais aussi par l'intransigeance du personnage, qui s'est toujours tenu en marge des coteries littéraires.
Composé dans un style d'une ampleur et d'un équilibre parfaits, et justement considéré comme le chef-d'œuvre de Gracq, Le Rivage des Syrtes est le récit d'une attente, d'une impatience, d'un désir : héritier d'une noble famille de la cité d'Orsenna (sorte de Venise décadente), Aldo, le narrateur, est envoyé sur le "front des Syrtes" dans le cadre d'une mission officielle : là, il ne tarde pas à constater que le cadavre refroidi d'une guerre ancienne est prêt à se ranimer : mais ce frémissement est-il réel, ou bien le fruit de son imagination, de ses espoirs secrets ?
Si Le Rivage... est paré de toutes les séductions romanesques imaginables (paysages d'une exotique étrangeté, charmes d'une contrée imaginaire sise quelque part entre Orient et Occident, fastes défraîchis d'un âge indéterminé, héroïne mystérieuse, caparaçonnée de sa fatale beauté...), c'est pourtant bien dans cette tension du désir que réside son pouvoir de fascination.
Les ouvrages de Gracq sont disponibles chez son éditeur de toujours, José Corti ; on trouve également ses œuvres complètes publiées en 2 volumes dans la Bibliothèque de la Pléiade (édition établie avec rigueur et sensibilité par Bernhild Boie) ; en revanche, aucun de ses textes n’est disponible en poche.
3 commentaires:
merci de ne pas me jeter des pierres :je n'ai rien lu de lui. mais je suis content de te revoir active :)
Je suis arrivé à Julien Gracq via l'oeuvre d'Ernst Jünger, que j'ai beaucoup lu (même s'il s'agit de rester vigilant face aux idées développées à une certaine période de sa vie).
J'ai suivi le chemin inverse, je suis allée de Gracq à Jünger !
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