
J'ai donc enfin lu la belle anthologie Vampires d'Estelle Valls de Gomis aux éditions Glyphe.
Qu'en dire ? Si j'ai aimé "Conscience minérale" de Géraldine Blondel, pour l'originalité d'un récit qui détourne habilement le thème (usé) du bijou maudit, si j'ai jubilé à la lecture du "Sang du temps", nouvelle aimablement iconoclaste de Lucie Chenu, si j'ai admiré les débuts d'auteur d'Héloïse Jacob, la maîtrise de Denis Labbé et le classicisme de Jean Marigny, j'ai été absolument subjuguée par deux textes : "La Soif de la glèbe" de Franck Ferric, véritable chef d'œuvre d'épouvante moderne et, par-dessus tout, la très gracieuse nouvelle "Morte" de Sire Cédric qui, dans un style actuel et un contexte parfaitement contemporain, parvient à donner à sa dangereuse créature le charme d'une apparition préraphaélite.
Cette lecture a été pour moi l'occasion de me rendre compte à quel point nous sommes tous, auteurs, lecteurs et commentateurs, obsédés par l'idée de "renouveler le mythe du vampire".
Certes, "l’immortalité du vampire se prolonge aujourd’hui sans qu’il soit toujours besoin de voir des crocs" (c'est Estelle elle-même qui le dit et elle sait de quoi elle parle !). Certes, les mythes ne peuvent perdurer qu'en se métamorphosant au fil du temps, en se débarrassant de leurs oripeaux les moins intemporels, et je comprends qu'aux yeux de ceux qui ont beaucoup fréquenté les vampires gothiques, un certain fantastique "dix-neuviémiste" finisse par frôler l'ennui, sinon le ridicule.
Ce n'est pas mon cas.
Sans doute n'ai-je pas assez rencontré de vampires traditionnels pour en être lassée : le fait est que je reste profondément attachée à certaines caractéristiques extrêmement stéréotypées du mythe : la pâleur de teint, la crainte de la lumière du jour, l'avidité du sang et, bien sûr, les crocs.
Le peintre Leonor Fini a écrit un jour : "J'ai toujours pensé que les attributs des humains sont bien réduits, bien limités. J'ai toujours envié les bêtes, leurs griffes dures, adéquates, leurs sabots résonnants, leurs écailles étincelantes, phosphorescentes, leur pelage profond – surtout leurs cornes..." Je dirais pour ma part : "surtout leurs crocs". Il se peut d'ailleurs que mon intérêt pour le vampire ne soit qu'une variante de mon obsession des créatures hybrides, duelles, frontalières, égarées entre les mondes, intermédiaires entre les règnes.
En vérité, et bien évidemment, tout ce qui importe, c'est que les auteurs écoutent leur musique personnelle, qu'elle soit moderniste ou passéiste, sans se soucier de se conformer à l'air du temps. En songeant à ma propre expérience, je me rends compte qu'il me semblerait d'autant plus vain de m'acharner à "renouveler le mythe" qu'à mon sens il est impossible de proposer une œuvre plus actuelle, plus pertinente, plus radicale, sur ce terrain, que Claire Denis avec "Trouble Every Day", film somptueux... quoique parfaitement insoutenable.
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire