mardi 1 juillet 2008

Plaisir d'un livre qui n'était pas ma cup of tea


Aujourd'hui, je viens d'achever la lecture d'un livre qui n'était pourtant pas du tout ma tasse de thé.
Voici un livre auquel je n'aurais spontanément accordé aucune attention, puisqu'objectivement (vous en conviendrez), il cumule les fautes de goût : il est publié dans la Blanche de Gallimard, il a eu un certain succès populaire (il me semble en avoir vu des piles en librairie, c'est d'un vulgaire impardonnable !) et il relève de la littérature générale française la plus contemporaine (son auteur n'a pas encore 40 ans). Pire : à parcourir la 4e de couv, pas un vampire, pas un guerrier farouche, pas une fée en vue, aucune référence médiévalisante.
La misère. Pouah.
Nonobstant cela, cet objet de défiance a réalisé l'exploit de parvenir jusqu'à moi, par le truchement d'une rousse et délicieuse (quoique volcanique) collègue de travail, qui a tenu à me le prêter. Je suis polie : quand je sens qu'une personne aime un livre et qu'elle tient à partager avec moi le plaisir, voire le bonheur, que ce livre lui a donné, j'en suis touchée et, forcément, j'accepte.
Soyons clair : je déteste emprunter les livres.
Tout d'abord, cela me contraint de modifier, parfois de façon radicale, l'ordre et la cadence de mes lectures (un livre emprunté doit en effet être rendu dans un délai raisonnable).
Ensuite, si l'ouvrage me séduit, me touche, m'emporte, je dois me faire violence pour le rendre, et je suis contrainte de m'en procurer un autre exemplaire, qui jamais n'aura à mes yeux la même valeur puisque ce n'est pas l'exemplaire que j'ai lu.
Et, dans le cas où le livre me tombe des mains ou m'horripile, il me faut pourtant le subir jusqu'au bout, pour être capable d'en parler de façon à peu près exacte, et feindre, non point l'enthousiasme délirant (je ne suis pas si malhonnête), mais un intérêt aimable, sur le mode du : "Ce n'est pas exactement ma tasse de thé, mais j'ai trouvé ça intéressant / drôle / touchant, etc."
L'Élégance du hérisson de Muriel Barbery n'avait, à priori, rien pour me plaire, mais j'ai passé un sacré bon moment à le lire, malgré une intrigue cousue de fil blanc... et de fleurs bleues. Preuves objectives : je me suis surprise à sourire stupidement en parcourant ses pages, je me suis identifiée à une concierge érudite de 54 ans, à une petite surdouée suicidaire de 12 ans, j'ai eu envie de boire des litres de thé au jasmin, de rire de la gauche caviar (que je ne trouvais plus vraiment drôle ces derniers temps), de dévorer tout Tolstoï, d'écouter le Confutatis du Requiem de Mozart, de partir au Japon, de recommencer à lire de la philosophie, de découvrir le cinéma d'Ozu (que je ne connais pas du tout), et mon amour pour mon chat s'en est trouvé... joyeusement ragaillardi.
Un roman qui vous fait un effet pareil, alors même que vous le regardiez de travers avec moult préjugés, ne peut pas être totalement mauvais, n'est-ce pas ?
Et il n'est pas mauvais non plus, pour un lecteur, de se faire violence et de sortir de ses propres ornières.

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