
Confirmée et ravivée à Rome, ma passion pour tout ce qui concerne Hadrien et qui, sans originalité aucune, me vient de la lecture de Yourcenar...
Dans Les Mémoires..., n'est-il pas l'être le plus admirable qui soit, par sa lucidité, sa quête de sagesse, son acceptation de sa condition d'homme parmi les hommes, par sa volonté tenace, aussi, de remplir le devoir inhérent à cette condition, et plus encore celui qui lui incombe en tant que Prince, par son travail mené à bien pour Rome, et pour l'Homme ?
Au British Museum se tient ces jours-ci, et jusqu'en octobre je crois, une exposition qui entend rétablir une certaine vérité historique contre la figure romanesque ; soit : l'Histoire a ses exigences. Mais je me rends compte qu'il ne m'importe guère, à moi, que l'objet d'une admiration si profonde, et qui m'est si essentielle, soit un être de chair ou de papier.
Pour autant, je n'ai pas cessé de chercher Hadrien dans la ville éternelle ; j'ai croisé son souvenir au Panthéon et au château Saint-Ange, j'ai aussi salué le profil incliné d'un buste d'Antinoüs à la Centrale Montemartini, cette annexe du musée du Capitole, où les marbres pâles et lisses sont exposés parmi les noires et rugueuses machines d'une centrale électrique désaffectée.
Je suis allée à la rencontre de l'empereur à Tivoli (ma précédente visite datait d'un voyage scolaire, avec mon professeur de latin, en classe de cinquième ou de quatrième) : j'ai été frappée de découvrir que la célèbre "villa" n'est pas une villa, mais bel et bien la traduction harmonieuse, dans l'espace du dehors, dans les plus simples et les plus nobles matériaux que nous offre le monde, de l'intériorité d'un homme, esprit, âme, et cœur.
Par la suite, j'ai eu la belle surprise de retrouver Hadrien à Florence ; deux bustes étaient disposés dans une galerie, aux Offices : un portrait de jeunesse, image inattendue d'un frêle tribun à la barbe timide, l'épaule nue, et un portrait impérial, fidèle celui-là aux manuels d'Histoire. Dans la même galerie, un buste d'Antinoüs, encore, encore le même visage penché et doux, était heureusement placé non loin de l'austère figure du Prince.
Bien sûr, je n'ai pas pu m'empêcher de racheter sur place, pour le relire, le livre de Yourcenar, qui m'impressionne à chaque fois comme si c'était la première, et qui pourtant me bouleverse de plus en plus tandis que je vieillis, et que s'approfondit mon expérience de la fragilité du bonheur, de la perte et du deuil.
Parmi les notes des Carnets... relatant la lente et difficile gestation de l'œuvre, une courte sentence m'a évidemment sauté aux yeux, sauté au cœur (encore que mon cas soit sensiblement différent : en vérité, j'écris si peu, si péniblement, et je suis si peu sûre d'avoir quelque légitimité à le faire, que je ne parviens pas même à me désigner par ce nom d'écrivain) :
Enfoncement dans le désespoir d'un écrivain qui n'écrit pas.
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