
J'ai terminé ce week-end La Course à l'abîme de Dominique Fernandez, biographie romancée et très documentée du Caravage : ouvrage érudit restituant de façon juste et vivante (m'a-t-il semblé) quels paniers de crabes pouvaient être Rome, la cour papale, le milieu du mécénat et de la peinture au moment de la Contre-Réforme. Si, sur le plan littéraire, je suis restée un peu sur ma faim, en revanche j'ai le sentiment d'avoir beaucoup appris, même si l'auteur a évidemment comblé par l'imagination les lacunes (fort nombreuses) de la vie de l'artiste au point qu'il est malaisé de séparer le matériau historique du matériau romanesque.
Présenté comme un "maudit" irrésistiblement tenté par l'autodestruction, le Caravage de Fernandez est hanté par l'idée de mourir de la main de l'aimé, motif dont on trouve le reflet inversé chez Genet ("Each man kills the thing he loves" chante Jeanne Moreau dans Querelle) : l'image du séduisant voyou, amant et meurtrier, a encore de beaux jours devant elle au catalogue des mythes et fantasmes homosexuels !
Dans la foulée et dans un tout autre genre, je lis un magnifique recueil de poèmes en prose, Pierres, de Roger Caillois : je ne saurais trop inviter quiconque aime la poésie à découvrir les pierres-merveilles de l'Idaho, le quartz fantôme ("Une aiguille de cristal habitée par sa propre effigie est dite quartz-fantôme.") ou encore, "le miel ou le lait bleu de l'agate", l'étoile à quatre branches de la Septaria... Chaque page est un coffre ciselé débordant de trésors.
"Une pierre comme celle-ci, peut-on ne pas l'aimer ?"
J'ai enfin rendu à celle qui me l'avait demandée la nouvelle promise, nouvelle qui me donnait tout le mal du monde ces derniers mois : merci, Lucie, de ta patience d'ange en même temps que de ton insistance à me réclamer ce texte qui, sans toi, serait resté inachevé ! Quant à "Altera in alteram", mon autre nouvelle à paraître, remise depuis fort longtemps à son éditeur celle-ci, je ne sais pas du tout ce qu'il advient d'elle... mais je m'en soucie peu : parvenir à écrire me préoccupe bien davantage ces temps-ci que d'être publiée. Je profite donc de mon élan retrouvé pour remettre en chantier une nouvelle fantastique consacrée à Richard Cœur de Lion, et destinée au recueil des Guerriers de Merveille...
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