
Je fais partie de ces lecteurs qui relisent beaucoup : ainsi, périodiquement, et depuis toujours, je reviens à une poignée de livres qui me sont essentiels.
Ces derniers temps plus que jamais : quand j'y pense, il y a eu Yourcenar cet été, Les Falaises... de Jünger depuis mon retour, une incursion sur "La Route" de Gracq, et tout dernièrement Michon – des auteurs qui m'accompagnent de loin en loin depuis des années. De façon plus incongrue, hier j'ai brusquement été tentée par Le Grand Meaulnes, jamais relu depuis l'adolescence celui-là...
Je m'interroge, naturellement, sur ce penchant qui me semble chez moi plus marqué que chez d'autres : à quoi bon revenir sans cesse à ces lignes déjà parcourues, à ces histoires déjà vécues, à ces rêves élucidés, à ces intrigues au mystère depuis longtemps éventé ?
Pour vérifier que ce que j'aime résiste au temps, à l'analyse, que ces textes mille fois soumis à l'épreuve du jugement renaissent intacts à chaque nouvelle lecture ? Je ne crois pas. Dois-je y voir la manifestation d'une certaine frilosité intellectuelle et sensible ? Il y a sans doute de ça (relire évite toute prise de risque, hormis celle d'une improbable déception). Pour trouver en ces lieux aimés, tissés de mots, une sorte de refuge ? Je pencherais volontiers pour cette dernière explication...
Ces livres sont ceux où je suis "chez moi", en harmonie, dans le plaisir et le calme à la fois, dans le repos en même temps que dans une qualité particulière d'éveil : y revenir me repose du monde tout en me préparant au monde auquel, la dernière page tournée, ils me rendront. Ils sont aussi la source où je reviens m'abreuver avant d'affronter les torrents inconnus d'autres livres plus rétifs, moins enclins à se laisser pénétrer. Enfin, ils sont ce qui me reste quand j'ai tout perdu.
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