mardi 30 septembre 2008

Relire


Je fais partie de ces lecteurs qui relisent beaucoup : ainsi, périodiquement, et depuis toujours, je reviens à une poignée de livres qui me sont essentiels.
Ces derniers temps plus que jamais : quand j'y pense, il y a eu Yourcenar cet été, Les Falaises... de Jünger depuis mon retour, une incursion sur "La Route" de Gracq, et tout dernièrement Michon – des auteurs qui m'accompagnent de loin en loin depuis des années. De façon plus incongrue, hier j'ai brusquement été tentée par Le Grand Meaulnes, jamais relu depuis l'adolescence celui-là...
Je m'interroge, naturellement, sur ce penchant qui me semble chez moi plus marqué que chez d'autres : à quoi bon revenir sans cesse à ces lignes déjà parcourues, à ces histoires déjà vécues, à ces rêves élucidés, à ces intrigues au mystère depuis longtemps éventé ?
Pour vérifier que ce que j'aime résiste au temps, à l'analyse, que ces textes mille fois soumis à l'épreuve du jugement renaissent intacts à chaque nouvelle lecture ? Je ne crois pas. Dois-je y voir la manifestation d'une certaine frilosité intellectuelle et sensible ? Il y a sans doute de ça (relire évite toute prise de risque, hormis celle d'une improbable déception). Pour trouver en ces lieux aimés, tissés de mots, une sorte de refuge ? Je pencherais volontiers pour cette dernière explication...
Ces livres sont ceux où je suis "chez moi", en harmonie, dans le plaisir et le calme à la fois, dans le repos en même temps que dans une qualité particulière d'éveil : y revenir me repose du monde tout en me préparant au monde auquel, la dernière page tournée, ils me rendront. Ils sont aussi la source où je reviens m'abreuver avant d'affronter les torrents inconnus d'autres livres plus rétifs, moins enclins à se laisser pénétrer. Enfin, ils sont ce qui me reste quand j'ai tout perdu.

dimanche 28 septembre 2008

Une pierre comme celle-ci...


J'ai terminé ce week-end La Course à l'abîme de Dominique Fernandez, biographie romancée et très documentée du Caravage : ouvrage érudit restituant de façon juste et vivante (m'a-t-il semblé) quels paniers de crabes pouvaient être Rome, la cour papale, le milieu du mécénat et de la peinture au moment de la Contre-Réforme. Si, sur le plan littéraire, je suis restée un peu sur ma faim, en revanche j'ai le sentiment d'avoir beaucoup appris, même si l'auteur a évidemment comblé par l'imagination les lacunes (fort nombreuses) de la vie de l'artiste au point qu'il est malaisé de séparer le matériau historique du matériau romanesque.
Présenté comme un "maudit" irrésistiblement tenté par l'autodestruction, le Caravage de Fernandez est hanté par l'idée de mourir de la main de l'aimé, motif dont on trouve le reflet inversé chez Genet ("Each man kills the thing he loves" chante Jeanne Moreau dans Querelle) : l'image du séduisant voyou, amant et meurtrier, a encore de beaux jours devant elle au catalogue des mythes et fantasmes homosexuels !

Dans la foulée et dans un tout autre genre, je lis un magnifique recueil de poèmes en prose, Pierres, de Roger Caillois : je ne saurais trop inviter quiconque aime la poésie à découvrir les pierres-merveilles de l'Idaho, le quartz fantôme ("Une aiguille de cristal habitée par sa propre effigie est dite quartz-fantôme.") ou encore, "le miel ou le lait bleu de l'agate", l'étoile à quatre branches de la Septaria... Chaque page est un coffre ciselé débordant de trésors.

"Une pierre comme celle-ci, peut-on ne pas l'aimer ?"

J'ai enfin rendu à celle qui me l'avait demandée la nouvelle promise, nouvelle qui me donnait tout le mal du monde ces derniers mois : merci, Lucie, de ta patience d'ange en même temps que de ton insistance à me réclamer ce texte qui, sans toi, serait resté inachevé ! Quant à "Altera in alteram", mon autre nouvelle à paraître, remise depuis fort longtemps à son éditeur celle-ci, je ne sais pas du tout ce qu'il advient d'elle... mais je m'en soucie peu : parvenir à écrire me préoccupe bien davantage ces temps-ci que d'être publiée. Je profite donc de mon élan retrouvé pour remettre en chantier une nouvelle fantastique consacrée à Richard Cœur de Lion, et destinée au recueil des Guerriers de Merveille...