mercredi 10 décembre 2008

All is full of love...


L’amour déborde : c’est apparemment dans sa nature. J’en ai fait l’expérience, et Christiane Singer me le confirme avec des mots justes et… oui, lumineux.

Aider, épargner, ou sauver autrui tout en faisant en sorte qu’il n’en sache rien : c’est ce que fait Arthur dans « Le Roi d’Avalon », ou Cai dans « Nul ne revient… » Plus modestement, j’ai donné un ticket restaurant à une vieille dame, dans la rue, en lui faisant croire qu’elle venait de le laisser tomber ou, du moins, que j’en étais convaincue. Je ne suis pas peu fière de cette ruse de sioux !
Bien sûr d'autres ont fait cela pour moi, aussi : pas plus tard que cet été, un voyage en Italie était un cadeau offert presque négligemment mais secrètement destiné à me sauver la vie...

Petit plaisir linguistique du moment : depuis quelques semaines, tout (et surtout n’importe quoi) est pour moi « abyssal » quand il n’est pas « cosmique ». Exemple d’une conversation ordinaire en cette fin d’année 2008 : « On est tombés nez à nez au coin de la rue, je t’assure, c’était vraiment cosmique. » Ou encore : « Alors là, franchement, permets-moi de te dire que j’ai comme un doute abyssal ! » Certains mots sont des friandises dont on se régale : ceux-là, les prononcer suffit à me faire sourire !

De l’obscur, de la clarté et des masques en littérature


Tentation de la lumière : après toutes ces années à aduler l’obscur, le sombre, le ténébreux, me prend petit à petit une surprenante attirance pour la clarté – calme et plénitude, sérénité. À condition, bien sûr, que cette clarté soit de haute lutte conquise sur l’ombre, et toujours cernée, menacée par elle – sinon à quoi bon ? C’est une aube, pourtant, plutôt qu’un crépuscule.
J’attends avec curiosité de constater l’incidence que pourrait avoir ce changement d’« éclairage » sur mes textes à venir…

M. est une lectrice rare : elle essaie tout simplement de me hisser à ma propre hauteur. Sa rigueur pallie la mienne, souvent défaillante, sa lucidité mon aveuglement devant mes propres textes. Je ne suis pas sûre de mériter la chance d’avoir une lectrice pareille !
Grâce à ses commentaires sur « Le Roi d’Avalon », j’ai pris pleinement conscience d’une chose déjà pressentie : trop souvent, je me plais à dissimuler sous des oripeaux tapageurs le véritable propos de mes textes. Quelque chose en moi (par quelque pudeur mal venue ?) conspire à n’exhiber que de l’anecdotique : dans mes récits, le sens avance masqué.
On m’objectera que la littérature tout entière est un jeu de masques : certes oui, mais un jeu qui, dans un double mouvement, dissimule et révèle le sens. Or moi, il me semble que je multiplie les gesticulations, ou les tours de passe-passe, comme pour empêcher l’émergence de quelque horrible secret (cela émerge pourtant, irrésistiblement, mais en creux, pour ainsi dire : fait ténu et quasi miraculeux qui ne me doit rien… et sauve peut-être mes textes d’une totale inanité).
Ainsi, le respect des codes de la littérature de genre (fantastique ou merveilleux) est pour moi une ruse, destinée, d’une part, à dissimuler la nature essentiellement intime de mon propos et, d’autre part, à esquiver la liberté effrayante et l’écrasant prestige de ce que ce l’on nomme (horriblement) la littérature générale.
Ces observations me font sérieusement penser que ma pratique de l’écriture se situe au stade (indéfinissable) qui précède la littérature, plutôt que dans la littérature elle-même.
Conclusion de tout cela : il me faut maintenant trouver une nouvelle discipline pour aller contre ma tendance naturelle, instinctive, animale, au secret, à la dissimulation. Plusieurs textes anciens pourraient avantageusement lui être soumis : « Avalon », donc, « La Rivière », mais aussi mon tout récent « Richard Cœur de Lion »…

(Allégorie de la simulation, L. Lippi, v. 1640, musée des Beaux-Arts d'Angers.)