
Pour avoir relu il n'y a pas si longtemps les Lettres à un jeune poète, je repense souvent à ce petit livre comme à l'un de ces (rares) ouvrages où une éthique pour la vie entière — une éthique pour tous les aspects d'une vie humaine pleine et entière —, est contenue en quelques pages sensibles, intelligentes, lumineuses.
Sur l'amour et les femmes, par exemple, les vues de Rilke sont d'une modernité frappante :
[l'amour] est, pour l'individu, une extraordinaire occasion de mûrir, de se transformer au sein de soi, de devenir un monde, un monde en soi pour quelqu'un d'autre ; c'est, pour lui, une grande et immodeste ambition, quelque chose qui le distingue et l'appelle vers le large. [...] un jour, la jeune fille existera et la femme, dont le nom ne signifiera plus seulement ce qui s'oppose au masculin, mais quelque chose qui vaut par soi, quelque chose qui n'induit pas à penser la moindre complémentarité ni aucune limite, mais seulement une vie et une existence : l'être humain féminin.
À y bien réfléchir, il n'y a guère que Le Prophète de Khalil Gibran qui me semble équivalent par la simplicité de son expression et la luminosité de ses propos.
2 commentaires:
Voilà qui me donne très envie de relire les Lettres (et tout Rilke, du coup)
Bonjour, toi :-)
Oui, relire Rilke... une grande respiration dans un air plus pur et plus riche à la fois !
À propos des femmes, je pense que la fréquentation de fortes personnalités comme Lou Andreas-Salome ou Marina Tsvétaïéva a dû aider Rilke à concevoir cet "être humain féminin" dont il parle, et qu'elles incarnaient déjà...
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