mardi 14 avril 2009

Quelques pas dans le Journal de K


Étrange état de l'âme au retour des vacances : plusieurs soirs de suite, tous les livres me tombent des mains. Découragée, je choisis finalement de me promener au hasard dans le Journal de Kafka, et quelques phrases, belles et simples, ont enfin la force de me retenir, de me remuer :

Quand je dis quelque chose, cette chose perd immédiatement et définitivement son importance, quand je la note, elle la perd toujours aussi, mais en gagne parfois une autre.
(3 juillet 1913)

L'effet produit par un visage paisible, par des propos calmes, surtout quand ils viennent d'une personne étrangère que l'on n'a pas encore pénétrée. La voix de Dieu sortant d'une bouche humaine.
(20 décembre 1913)

Allez, ouvre-toi. Que l'être humain sorte.
Aspire l'air et le silence.

(13 juillet 1916)

Beaucoup d'autres choses, beaucoup plus douloureuses, sur lesquelles je n'ai pas eu le désir de m'attarder.

dimanche 5 avril 2009

Des livres au bord de l'eau


L'année dernière, je suis littéralement tombée amoureuse de Banyuls. D'une petite maison blanche au charme bohème, posée sur un rocher au bord de la Méditerranée, où l'on a eu la gentillesse de m'accueillir, et encore, cette année... Une semaine à contempler la mer, dormir, traîner, rêvasser, sans connexion Internet et en bonne compagnie : j'emmène Le Dernier Veilleur de Bretagne, de Philippe Le Guillou (sur ses rencontres avec Julien Gracq à Saint-Florent-le-Vieil), cadeau de S., et L'Art du roman de Virginia Woolf, offert par A.
De Virginia, j'ai déjà lu quelques pages, et voici un passage qui m'a fait sourire tout en me donnant à penser :

La plupart des romanciers ont fait cette expérience. Quelque Brown, ou Smith, ou Jones leur apparaît et dit de la façon la plus séduisante, la plus charmante du monde : "Attrape-moi si tu peux." Conduits par ce feu follet, ils pataugent de volume en volume, passent les plus belles années de leur vie à cette poursuite et reçoivent en général très peu d'argent en échange. Bien peu attrapent le fantôme ; la plupart d'entre eux doivent se contenter d'un lambeau de sa robe ou d'une mèche de ses cheveux.

Est-ce une manière de dire l'illusion d'altérité que suscite le personnage de roman chez la personne qu'on croirait la moins réceptive à l'illusion romanesque, c'est-à-dire le romancier lui-même ?

Ah, j'oubliais la parfaite bande-son des vacances, Lay your Head Down (in my Arms) de Keren Ann...