dimanche 20 septembre 2009

Un monde en soi pour quelqu'un d'autre...


Pour avoir relu il n'y a pas si longtemps les Lettres à un jeune poète, je repense souvent à ce petit livre comme à l'un de ces (rares) ouvrages où une éthique pour la vie entière — une éthique pour tous les aspects d'une vie humaine pleine et entière —, est contenue en quelques pages sensibles, intelligentes, lumineuses.
Sur l'amour et les femmes, par exemple, les vues de Rilke sont d'une modernité frappante :

[l'amour] est, pour l'individu, une extraordinaire occasion de mûrir, de se transformer au sein de soi, de devenir un monde, un monde en soi pour quelqu'un d'autre ; c'est, pour lui, une grande et immodeste ambition, quelque chose qui le distingue et l'appelle vers le large. [...] un jour, la jeune fille existera et la femme, dont le nom ne signifiera plus seulement ce qui s'oppose au masculin, mais quelque chose qui vaut par soi, quelque chose qui n'induit pas à penser la moindre complémentarité ni aucune limite, mais seulement une vie et une existence : l'être humain féminin.

À y bien réfléchir, il n'y a guère que Le Prophète de Khalil Gibran qui me semble équivalent par la simplicité de son expression et la luminosité de ses propos.

jeudi 10 septembre 2009

Retour...


On aura vu aussi ces femmes — en rêve ou non,
mais toujours dans les enclos vagues de la nuit —
sous leurs crinières de jument, fougueuses,
avec de longs yeux tendres à lustre de cuir,
non pas la viande offerte à ces nouveaux étals de toile,
bon marché, quotidienne, à bâfrer seul entre deux draps,
mais l'animale sœur qui se dérobe et se devine,
encore moins distincte de ses boucles, de ses dentelles
que l'onduleuse vague ne l'est de l'écume,
le fauve souple dont tous sont chasseurs
et que le mieux armé n'atteint jamais
parce qu'elle est cachée plus profond dans son propre corps
qu'il ne peut pénétrer — rugirait-il d'un prétendu triomphe —,
parce qu'elle est seulement comme le seuil
de son propre jardin,
ou une faille dans la nuit
incapable d'en ébranler le mur, ou un piège
à saveur de fruit ruisselant, un fruit,
mais qui aurait un regard — et des larmes.


C'est un poème de Philippe Jaccottet (Chants d'en bas) ; j'ai eu envie de l'illustrer par une photographie de Leonor Fini, tant il m'a fait penser à elle... Et... oui, je suis (enfin) de retour !