lundi 25 octobre 2010

Visages


Ce que j'ai aimé par-dessus tout dans le film de Xavier Beauvois (avec la lente beauté des images, la pudeur et la justesse du propos, bien sûr), ce sont les visages.
J'ai été frappée de me rendre compte à quel point notre époque s'acharne à n'exhiber que des masques. J'avais déjà connu ce sentiment en sortant d'une exposition de Nan Goldin, The Ballad of Sexual Dependency : la plupart du temps, la photographie, le cinéma, la télévision, nous privent totalement du spectacle du visage humain, l'escamotent, le déforment, le travestissent. Et, la pupille épuisée par ces simulacres fades ou hideux (c'est selon), nous nous trouvons tout à coup bouleversés par la vérité nue d'un visage, par le relief et les imperfections d'une chair entre toutes singulière, par la lumière d'yeux qui plus jamais ne rencontreront les nôtres, par le frémissement de muscles propre à traduire le frémissement d'une âme, d'un esprit, qui n'ont pas de pareils.



Ainsi, quand je contemplais frère Christian (Lambert Wilson) ou frère Luc (Michael Lonsdale), je pensais déjà au moment où j'allais les perdre, où ils allaient s'effacer dans la mort, et j'essayais désespérément de graver chaque détail de leurs traits dans ma mémoire.

Comment nous sommes-nous laissés à ce point déposséder de notre regard ?

vendredi 1 octobre 2010

Contes de villes et de fusées


Voici plus d'un an que je n'avais rien écrit ici ! Je reprends la plume pour une jolie cause, annoncer la parution de Contes de villes et de fusées aux éditions Ad Astra, anthologie dirigée par Lucie Chenu où je donne ma version contemporaine et cruelle d'un conte bien connu de M. Perrault.

Sa présence m'emplissait de sentiments contraires ; je tremblais de peur mais ce tremblement même était un délice : j'avais un plaisir inexplicable à regarder ce si joli, ce si délicat petit garçon. Je ne cherche pas à justifier mon trouble : n'avez-vous pas été, vous-même, victime de cette fascination ? N'avez-vous pas perçu cette rouerie de courtisane, cet appétit de prédateur, cette séduction millénaire, dans ce corps malingre d'enfant mal nourri ? (« Sacrifices », extrait, in Contes de villes et de fusées)

J'avais survolé le manuscrit de l'anthologie il y a de cela plusieurs mois ; je suis en train de relire les mêmes textes avec une luxueuse lenteur, c'est une vraie redécouverte, et je peux d'ores et déjà dire qu'il y a là de véritables perles.

Oyez ! Oyez !
Princesses richissimes, enfants abandonnés, loups terrifiants et fées marraines se réincarnent à notre époque ou dans un avenir lointain... Les héritiers de Perrault, des frères Grimm ou d'Andersen donnent libre cours à leur imagination pour tordre, transformer, et réécrire les contes de fées.
(Quatrième de couverture, extrait)