
À Vérone, à cause de la pièce de Shakespeare, la foule se presse en masse sous le supposé « balcon de Juliette », dans l'étroite cour d'une maison du centre-ville dite « Casa di Giulietta » ou « Casa dei Capuleti »...
Il se rit des plaies, celui qui n'a jamais reçu de blessures ! (Apercevant Juliette qui apparaît à une fenêtre.) Mais doucement ! Quelle lumière jaillit par cette fenêtre ? Voilà l'Orient, et Juliette est le soleil ! Lève-toi, belle aurore, et tue la lune jalouse, qui déjà languit et pâlit de douleur parce que toi, sa prêtresse, tu es plus belle qu'elle-même ! Ne sois plus sa prêtresse, puisqu'elle est jalouse de toi ; sa livrée de vestale est maladive et blême, et les folles seules la portent : rejette-la !... Voilà ma dame ! Oh ! voilà mon amour ! Oh ! si elle pouvait le savoir !... Que dit-elle ? Rien... Elle se tait... Mais non ; son regard parle, et je veux lui répondre... Ce n'est pas à moi qu'elle s'adresse. Deux des plus belles étoiles du ciel, ayant affaire ailleurs, adjurent ses yeux de vouloir bien resplendir dans leur sphère jusqu'à ce qu'elles reviennent. Ah ! si les étoiles se substituaient à ses yeux, en même temps que ses yeux aux étoiles, le seul éclat de ses joues ferait pâlir la clarté des astres, comme le grand jour, une lampe ; et ses yeux, du haut du ciel, darderaient une telle lumière à travers les régions aériennes, que les oiseaux chanteraient, croyant que la nuit n'est plus. Voyez comme elle appuie sa joue sur sa main ! Oh ! que ne suis-je le gant de cette main ! Je toucherais sa joue !
Certains (plus rares) cherchent encore une chartreuse à Parme, tandis que d'autres (infiniment plus nombreux) ont paraît-il durablement rendu la vie impossible au curé de Saint-Sulpice à cause d'un certain livre de Dan Brown...
Aussi fragile soit le lien qui rattache une fiction à un lieu réel (après tout, Shakespeare n'a jamais mis les pieds à Vérone et a de toutes pièces inventé ce balcon), il semble que nous cherchions à inscrire dans une réalité tangible ce qui nous a émus mais n'a jamais existé ailleurs que dans la magie de mots merveilleusement assemblés... Pourquoi ? Alors même que nous ne sommes pas vraiment dupes, pourquoi ?
2 commentaires:
Nous sommes le premier septembre. Des milliers de jeunes ou moins jeunes gens rêvent de prendre le Hogwarts Express, ce matin, à King's Cross, quai 9 3/4. Eux non plus ne sont pas vraiment dupes, mais.
Désir et foi ne se réduisent pas l'un à l'autre.
Pourtant cela même ne répond pas pleinement au pourquoi. J'aime toujours tes questions.
Est-ce que certains se rendent à King's Cross au 1er septembre, à la recherche du quai 9 3/4 ? Je suis sûre qu'il y en a :-)
Mais trève de plaisanterie, tu parles de foi : nos comportements irrationnels manifestent peut-être la foi que nous avons (ou que nous voulons avoir) dans le pouvoir créateur du Verbe...
Merci d'être là et... bonne rentrée à toi !
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