mercredi 29 février 2012

Drive ou La Princesse de Clèves


Il y a des films qu'on s'attend à aimer (The Hours, dont j'ai déjà parlé ici) et d'autres, comme ça, qui vous tombent dessus par surprise.
Et qui fascinent, sans qu'on soit capable de saisir les raisons objectives de cette fascination.
Si j'ai vu Drive de Nicolas Winding Refn (que je ne connaissais pas) avec Ryan Gosling (que je ne connaissais pas davantage), c'est sur la foi d'une seule image, extraite arbitrairement par ma mémoire d'une bande-annonce par ailleurs beaucoup trop narrative : celle d'un type en blouson brillant marchant dans un couloir, un marteau à la main. Auréolé de danger. Image banale, mais d'emblée incroyablement stylée et suggestive...

Le film a excédé mon attente, c'est peu de le dire.
Drive, c'est l'histoire d'un type qui s'ennuie, qui fait des cascades le jour pour le cinéma, des braquages la nuit pour arrondir ses fins de mois (mais il ne porte pas d'arme, explique-t-il : il conduit). Et puis l'amour vient mettre du désordre dans ses petits arrangements avec la vie, il entrevoit le bonheur, et le perd aussitôt. Scénario simple, simpliste peut-être, histoire éternelle.



Drive flirte avec une esthétique très 80' sans jamais sombrer dans le kitsch, la photographie est somptueuse, la bande-son captivante (Nightcall de Kavinsky produit par un des deux Daft Punk), la mise en scène impeccable.
Le personnage principal (Ryan Gosling, donc, impressionnant de charisme mutique) porte tout au long du film ce blouson de satin blanc, comme personne dans la vraie vie n'oserait en porter, brodé au dos d'un scorpion doré : on pense aux blousons de Brando, le Perfecto dans L'Equipée sauvage ou celui en python dans L'Homme à la peau de serpent. Et on comprend que ce vêtement a quelque chose à voir avec le signe d'une élection tragique (existe-t-il dans quelque mythologie un dieu-scorpion vengeur ? Assurément)...
Tous les ingrédients habituels du film d'action à l'américaine sont là, bagarres sanglantes, poursuites en voiture, mais ce n'est pas vraiment un film d'action, ça fait juste semblant : ce qui est raconté là, en creux, c'est le cheminement intérieur d'un personnage passé à l'épreuve de l'amour et de la violence. Et ce qui m'a plus particulièrement touchée dans cet itinéraire, c'est le choix du sacrifice de soi et du renoncement amoureux (d'où ma référence, un brin excessive et provocatrice, au livre de Mme de La Fayette, mais j'aime les rapprochements improbables)...

mercredi 8 février 2012

Monstres !


Récit d'une hantise aussi sensuelle qu'épouvantable, ma nouvelle « Altera in alteram » figure au sommaire de l'anthologie Monstres ! dirigée par Jacques Fuentealba aux éditions associatives Céléphaïs, d'ores et déjà en vente sur le site de l'éditeur, au prix très amical de 12 euros...

Des eaux troubles de l’océan aux pistes des cirques les plus étranges, de l’apparente normalité de demeures anonymes aux villes cauchemardesques ou fantasmatiques, du passé légendaire aux futurs post-apocalyptiques, voyagez aux côtés de monstres du folklore (vampires, loups-garous, fantômes, Léviathan), de phénomènes de foire comme d’abominations échappant à toute classification. Tour à tour proches de nous, miroirs déformants ou hideuse altérité, les créatures qui peuplent cette anthologie vous convieront à un tour du monde de la littérature fantastique, à travers vingt-et-une nouvelles d’auteurs d’origine américaine, australienne, israélienne, espagnole, argentine, uruguayenne ou française. (quatrième de couverture)

Sont au sommaire : Lewis Shiner Bill Congreve Jeffrey Thomas Alan Baxter Lavie Tidhar Steve Rasnic Tem Kaaron Warren Pablo Dobrinin Fermín Moreno Carlos Gardini Pedro Escudero Marc R. Soto Nuria C. Botey David Pierru Yohan Vasse Celia Deiana Nelly Chadour Timothée Rey Marija Nielsen Leonor Lara Marc-Olivier Aiken.

Car ta nuit à toi était somptueuse et touffue de nuances, gonflée d’odeurs musquées : déesse ancienne, tu montais jusqu’à moi depuis les cavernes de la terre, et ton haleine aux effluves d’humus me remplissait la bouche, de ta chevelure des relents de boue ardente déferlaient sur moi… (...) Au même moment, dehors, mes jours se délitaient en une morne succession indistincte. Tout ce que je voyais autour de moi était laid, aplati en ses deux dimensions mesquines quand, sur ma peau, je gardais le souvenir tremblant de tes images vertigineuses. (« Altera in alteram », extrait, in Monstres !)

Dans ces pages, je suis particulièrement heureuse de côtoyer Timothée Rey, auteur de grand talent que j'avais eu l'occasion de publier dans le tout premier numéro de Monk : Rouge, et qui fait maintenant son lumineux chemin chez Les Moutons électriques, entre autres belles maisons.

samedi 4 février 2012

Flamenco métaphysique : Israel Galván

J'ai découvert le danseur andalou Israel Galván à Avignon il y a quelques années dans un spectacle inspiré de l'Apocalypse de saint Jean... Il y posait cette question, qui vaut aussi pour la littérature : peut-on danser sous les bombes ?



Peut-on écrire sous les bombes ?