
Il y a des films qu'on s'attend à aimer (The Hours, dont j'ai déjà parlé ici) et d'autres, comme ça, qui vous tombent dessus par surprise.
Et qui fascinent, sans qu'on soit capable de saisir les raisons objectives de cette fascination.
Si j'ai vu Drive de Nicolas Winding Refn (que je ne connaissais pas) avec Ryan Gosling (que je ne connaissais pas davantage), c'est sur la foi d'une seule image, extraite arbitrairement par ma mémoire d'une bande-annonce par ailleurs beaucoup trop narrative : celle d'un type en blouson brillant marchant dans un couloir, un marteau à la main. Auréolé de danger. Image banale, mais d'emblée incroyablement stylée et suggestive...
Le film a excédé mon attente, c'est peu de le dire.
Drive, c'est l'histoire d'un type qui s'ennuie, qui fait des cascades le jour pour le cinéma, des braquages la nuit pour arrondir ses fins de mois (mais il ne porte pas d'arme, explique-t-il : il conduit). Et puis l'amour vient mettre du désordre dans ses petits arrangements avec la vie, il entrevoit le bonheur, et le perd aussitôt. Scénario simple, simpliste peut-être, histoire éternelle.
Drive flirte avec une esthétique très 80' sans jamais sombrer dans le kitsch, la photographie est somptueuse, la bande-son captivante (Nightcall de Kavinsky produit par un des deux Daft Punk), la mise en scène impeccable.
Le personnage principal (Ryan Gosling, donc, impressionnant de charisme mutique) porte tout au long du film ce blouson de satin blanc, comme personne dans la vraie vie n'oserait en porter, brodé au dos d'un scorpion doré : on pense aux blousons de Brando, le Perfecto dans L'Equipée sauvage ou celui en python dans L'Homme à la peau de serpent. Et on comprend que ce vêtement a quelque chose à voir avec le signe d'une élection tragique (existe-t-il dans quelque mythologie un dieu-scorpion vengeur ? Assurément)...
Tous les ingrédients habituels du film d'action à l'américaine sont là, bagarres sanglantes, poursuites en voiture, mais ce n'est pas vraiment un film d'action, ça fait juste semblant : ce qui est raconté là, en creux, c'est le cheminement intérieur d'un personnage passé à l'épreuve de l'amour et de la violence. Et ce qui m'a plus particulièrement touchée dans cet itinéraire, c'est le choix du sacrifice de soi et du renoncement amoureux (d'où ma référence, un brin excessive et provocatrice, au livre de Mme de La Fayette, mais j'aime les rapprochements improbables)...
