samedi 17 mars 2012

En écrivant en jouant (ou pas)



Contrairement à pas mal d'auteurs de fantastique, de fantasy ou de merveilleux, je n'ai jamais joué, ni à des jeux vidéo, ni à des jeux de rôle (enfin, ma seule tentative a duré une unique nuit et ne s'est pas révélée exactement brillante : euphémisme). A cela, une raison très simple : dans ces aventures-là, le texte, les mots, me manquent trop cruellement !
Ce qui ne m'empêche pas d'être sensible à l'esthétique et à la minutie des costumes et des décors de la série Assassin's Creed. Le contexte médiéval du jeu, et la référence à la secte des assassins sont sans doute pour beaucoup dans cet intérêt... Le teaser présentant l'opus Revelations est, je trouve, vraiment très réussi.
Il est en outre servi par le beau morceau de Woodkid, Iron.



Deep in the ocean, dead and cast away
Where innocence's burn'd in flames
A million mile from home, I'm walking ahead
I'm frozen to the bones, I am
A soldier on my own, I don't know the way
I'm riding up the heights of shame
I'm waiting for the call, the hand on the chest
I'm ready for the fight, and fate

The sound of iron shocks is stuck in my head,
The thunder of the drums dictates
The rhythm of the falls, the number of deads
The rising of the horns, ahead
From the dawn of time to the end of days
I will have to run, away
I want to feel the pain and the bitter taste
Of the blood on my lips, again

This deadly burst of snow is burning my hands,
I'm frozen to the bones, I am
A million mile from home, I'm walking away
I can't remind your eyes, your face


Ce message est aussi un clin d'oeil à Pierre, de Ubisoft Montréal : hello, Pierre, si tu passes par là, voici mon hommage à ton (beau) travail :-)

mercredi 29 février 2012

Drive ou La Princesse de Clèves


Il y a des films qu'on s'attend à aimer (The Hours, dont j'ai déjà parlé ici) et d'autres, comme ça, qui vous tombent dessus par surprise.
Et qui fascinent, sans qu'on soit capable de saisir les raisons objectives de cette fascination.
Si j'ai vu Drive de Nicolas Winding Refn (que je ne connaissais pas) avec Ryan Gosling (que je ne connaissais pas davantage), c'est sur la foi d'une seule image, extraite arbitrairement par ma mémoire d'une bande-annonce par ailleurs beaucoup trop narrative : celle d'un type en blouson brillant marchant dans un couloir, un marteau à la main. Auréolé de danger. Image banale, mais d'emblée incroyablement stylée et suggestive...

Le film a excédé mon attente, c'est peu de le dire.
Drive, c'est l'histoire d'un type qui s'ennuie, qui fait des cascades le jour pour le cinéma, des braquages la nuit pour arrondir ses fins de mois (mais il ne porte pas d'arme, explique-t-il : il conduit). Et puis l'amour vient mettre du désordre dans ses petits arrangements avec la vie, il entrevoit le bonheur, et le perd aussitôt. Scénario simple, simpliste peut-être, histoire éternelle.



Drive flirte avec une esthétique très 80' sans jamais sombrer dans le kitsch, la photographie est somptueuse, la bande-son captivante (Nightcall de Kavinsky produit par un des deux Daft Punk), la mise en scène impeccable.
Le personnage principal (Ryan Gosling, donc, impressionnant de charisme mutique) porte tout au long du film ce blouson de satin blanc, comme personne dans la vraie vie n'oserait en porter, brodé au dos d'un scorpion doré : on pense aux blousons de Brando, le Perfecto dans L'Equipée sauvage ou celui en python dans L'Homme à la peau de serpent. Et on comprend que ce vêtement a quelque chose à voir avec le signe d'une élection tragique (existe-t-il dans quelque mythologie un dieu-scorpion vengeur ? Assurément)...
Tous les ingrédients habituels du film d'action à l'américaine sont là, bagarres sanglantes, poursuites en voiture, mais ce n'est pas vraiment un film d'action, ça fait juste semblant : ce qui est raconté là, en creux, c'est le cheminement intérieur d'un personnage passé à l'épreuve de l'amour et de la violence. Et ce qui m'a plus particulièrement touchée dans cet itinéraire, c'est le choix du sacrifice de soi et du renoncement amoureux (d'où ma référence, un brin excessive et provocatrice, au livre de Mme de La Fayette, mais j'aime les rapprochements improbables)...

mercredi 8 février 2012

Monstres !


Récit d'une hantise aussi sensuelle qu'épouvantable, ma nouvelle « Altera in alteram » figure au sommaire de l'anthologie Monstres ! dirigée par Jacques Fuentealba aux éditions associatives Céléphaïs, d'ores et déjà en vente sur le site de l'éditeur, au prix très amical de 12 euros...

Des eaux troubles de l’océan aux pistes des cirques les plus étranges, de l’apparente normalité de demeures anonymes aux villes cauchemardesques ou fantasmatiques, du passé légendaire aux futurs post-apocalyptiques, voyagez aux côtés de monstres du folklore (vampires, loups-garous, fantômes, Léviathan), de phénomènes de foire comme d’abominations échappant à toute classification. Tour à tour proches de nous, miroirs déformants ou hideuse altérité, les créatures qui peuplent cette anthologie vous convieront à un tour du monde de la littérature fantastique, à travers vingt-et-une nouvelles d’auteurs d’origine américaine, australienne, israélienne, espagnole, argentine, uruguayenne ou française. (quatrième de couverture)

Sont au sommaire : Lewis Shiner Bill Congreve Jeffrey Thomas Alan Baxter Lavie Tidhar Steve Rasnic Tem Kaaron Warren Pablo Dobrinin Fermín Moreno Carlos Gardini Pedro Escudero Marc R. Soto Nuria C. Botey David Pierru Yohan Vasse Celia Deiana Nelly Chadour Timothée Rey Marija Nielsen Leonor Lara Marc-Olivier Aiken.

Car ta nuit à toi était somptueuse et touffue de nuances, gonflée d’odeurs musquées : déesse ancienne, tu montais jusqu’à moi depuis les cavernes de la terre, et ton haleine aux effluves d’humus me remplissait la bouche, de ta chevelure des relents de boue ardente déferlaient sur moi… (...) Au même moment, dehors, mes jours se délitaient en une morne succession indistincte. Tout ce que je voyais autour de moi était laid, aplati en ses deux dimensions mesquines quand, sur ma peau, je gardais le souvenir tremblant de tes images vertigineuses. (« Altera in alteram », extrait, in Monstres !)

Dans ces pages, je suis particulièrement heureuse de côtoyer Timothée Rey, auteur de grand talent que j'avais eu l'occasion de publier dans le tout premier numéro de Monk : Rouge, et qui fait maintenant son lumineux chemin chez Les Moutons électriques, entre autres belles maisons.

samedi 4 février 2012

Flamenco métaphysique : Israel Galván

J'ai découvert le danseur andalou Israel Galván à Avignon il y a quelques années dans un spectacle inspiré de l'Apocalypse de saint Jean... Il y posait cette question, qui vaut aussi pour la littérature : peut-on danser sous les bombes ?



Peut-on écrire sous les bombes ?

vendredi 2 septembre 2011

Fortuny / Tra (Edge of Becoming)


J'ai visité seule et pour ainsi dire par hasard une exposition intitulée TRA (Edge of becoming) au palazzo Fortuny à Venise (« tra » pour « art » à l'envers, et pour « à travers » en italien, et qu'on retrouve aussi dans le sanscrit : mantra, tantra...) : œuvres de toutes natures, tous pays et tous temps assemblées dans un esprit très « cabinet de curiosité » par le marchand d'art et décorateur Axel Vervoordt, dont ce n'est apparemment pas le coup d'essai.
Tapis et miroirs anciens, heaumes persans du XVIIIe, tableaux flamands, petite tête yéménite en albâtre translucide, maquettes d'architecte, sculptures de Rodin et Giacometti, toile de Rothko, photographies, vidéos et installations contemporaines... et, bien sûr, lustres, tentures et robes signés Fortuny. J'y ai même retrouvé avec bonheur une photographie de la série Xteriors de Désirée Dolron et un tableau de l'encore mystérieux Monsu Desiderio !
Bref, un luxueux désordre soigneusement agencé pour inventer un monde hors du monde... Et, sans doute parce qu'en ce moment je voudrais me trouver anywhere out of the world, il m'a semblé qu'en effet je pourrais vivre et mourir là, au premier étage de ce palais, vautrée sur une banquette parmi ces trésors sans jamais manquer de rien...

jeudi 1 septembre 2011

Vérone


À Vérone, à cause de la pièce de Shakespeare, la foule se presse en masse sous le supposé « balcon de Juliette », dans l'étroite cour d'une maison du centre-ville dite « Casa di Giulietta » ou « Casa dei Capuleti »...

Il se rit des plaies, celui qui n'a jamais reçu de blessures ! (Apercevant Juliette qui apparaît à une fenêtre.) Mais doucement ! Quelle lumière jaillit par cette fenêtre ? Voilà l'Orient, et Juliette est le soleil ! Lève-toi, belle aurore, et tue la lune jalouse, qui déjà languit et pâlit de douleur parce que toi, sa prêtresse, tu es plus belle qu'elle-même ! Ne sois plus sa prêtresse, puisqu'elle est jalouse de toi ; sa livrée de vestale est maladive et blême, et les folles seules la portent : rejette-la !... Voilà ma dame ! Oh ! voilà mon amour ! Oh ! si elle pouvait le savoir !... Que dit-elle ? Rien... Elle se tait... Mais non ; son regard parle, et je veux lui répondre... Ce n'est pas à moi qu'elle s'adresse. Deux des plus belles étoiles du ciel, ayant affaire ailleurs, adjurent ses yeux de vouloir bien resplendir dans leur sphère jusqu'à ce qu'elles reviennent. Ah ! si les étoiles se substituaient à ses yeux, en même temps que ses yeux aux étoiles, le seul éclat de ses joues ferait pâlir la clarté des astres, comme le grand jour, une lampe ; et ses yeux, du haut du ciel, darderaient une telle lumière à travers les régions aériennes, que les oiseaux chanteraient, croyant que la nuit n'est plus. Voyez comme elle appuie sa joue sur sa main ! Oh ! que ne suis-je le gant de cette main ! Je toucherais sa joue !

Certains (plus rares) cherchent encore une chartreuse à Parme, tandis que d'autres (infiniment plus nombreux) ont paraît-il durablement rendu la vie impossible au curé de Saint-Sulpice à cause d'un certain livre de Dan Brown...
Aussi fragile soit le lien qui rattache une fiction à un lieu réel (après tout, Shakespeare n'a jamais mis les pieds à Vérone et a de toutes pièces inventé ce balcon), il semble que nous cherchions à inscrire dans une réalité tangible ce qui nous a émus mais n'a jamais existé ailleurs que dans la magie de mots merveilleusement assemblés... Pourquoi ? Alors même que nous ne sommes pas vraiment dupes, pourquoi ?

mercredi 31 août 2011

Venise


Je n'avais pas remis les pieds à Venise depuis près de vingt ans... sinon dans une Venise imaginaire, fantasmée, afin d'offrir à Estelle une nouvelle violemment colorée de rouge, « Villa Vesper » ; c'était en 2008, pour son anthologie Le Fantastique des fétichistes.
Venise, je l'ai découverte toute jeune adolescente, et ma passion pour cette cité d'eau et de pierre a été immédiate — ce fut ma ville, aussitôt, comme elle l'est, je suppose, pour des millions de ceux qui la voient... Le désir d'y retourner m'avait pourtant quittée depuis longtemps : peur de confronter mon souvenir au réel, peur de ces rumeurs, aussi, décrivant la Sérénissime chaque année davantage livrée au tourisme de masse, inhospitalière, hautaine et hors de prix...
Puis, cet été, Venise s'est inscrite subrepticement dans mon itinéraire de voyage et, tout naturellement, en est devenue le lieu phare, le joyau, l'aboutissement.
La passion est là, intacte.
La physionomie de la ville n'a guère changé, et comment le pourrait-elle ? Toute énergie ici s'emploie à faire durer ce qui est — la suprême beauté — et qu'on y parvienne si scrupuleusement est, en soi, un miracle à l'échelle de l'humanité. Beauté éclatante de la basilique San Marco, du palais des Doges, ou des célèbres demeures du Grand Canal, la Ca' d'Oro, le palazzo Vendramin-Calergi, le palazzo Grassi... Beauté plus modeste, mais non moindre, des quartiers populaires de l'Arsenale ou du ghetto juif, où l'on se perd avec bonheur pour s'installer loin de la foule et déguster, sur le pouce, des cicchetti ou la fameuse baccala... Une chose, tout de même, m'a attristée : plus de chats à Venise, alors qu'autrefois ils ornaient de leur soyeuse présence la margelle de chaque puits... Que sont-ils devenus ?